«J'ai toujours préféré être le mouton noir»

Interview: Joëlle Challandes | Photos: Charles Ellena/Arkive.ch
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David Salsedo: «La musique nous emmène là où l'on n'est pas.»

Le chanteur des Silmarils, le Parisien David Salsedo, a sorti  l'album solo «Wine & Pasta». Ce cow-boy solitaire avide de liberté y fait une invitation au road movie.

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Coopération. Pourquoi sortir un album en solo, sans les Silmarils?

David Salsedo. J'ai eu envie de faire un album plus mélodique, qui soit au croisement de tout ce que j'aime et écoute depuis des années. Je ne pouvais pas le faire avec mon groupe, au risque de déstabiliser les fans. Un matin, j'ai pris ma guitare et écrit une chanson. On l'a enregistrée et j'ai eu envie de continuer.

Qu'avez-vous envie de transmettre à travers votre musique?
Mon goût et mon admiration pour des songwriters comme Simon & Garfunkel. Dans ma musique, il y a un côté madeleine de Proust. Certains sons me rappellent des choses que j'ai entendues dans mon enfance. Je voulais transmettre cet amour des belles mélodies et des beaux arrangements, dans un esprit road movie.

Road movie, le titre «Mexico» y fait penser...
Avec la musique je m'échappe, me projette. J'ai composé l'album dans mon appartement à Paris, mais par la pensée et la musique, j'étais un coup à Mexico, l'autre dans le désert californien ou dans une ambiance plus swinging London, années 60. J'essaie de faire passer des images, de me rêver là où je ne suis pas ou quelqu'un que je ne suis pas.

Qu'est-ce qui vous rattache à l'Amérique?
Les séries télé de mon enfance. Je suis rentré dans la musique des années 70 pas avec Quentin Tarantino mais avec Starsky et Hutch ou Hawaï Police d'Etat! Les thèmes des séries étaient composés à l'époque par de grands compositeurs.
Nous avons été tellement envahi par tous ces produits américanisés qu'ils font maintenant partie de notre culture. Mes anciens collègues étudiants en droit pensaient qu'«objection votre honneur» était d'usage dans les tribunaux français!

Vous vous destiniez au droit?
Je ne savais pas ce que je voulais faire et il y a un vieil adage qui dit que le droit mène à tout. J'étais plutôt féru de sciences politiques, de sociologie. Dès que j'ai eu l'opportunité d'enregistrer un album avec Silmarils, j'ai arrêté mes études. On est parti à fond dans la musique, sans regret. Nos premiers albums sont plutôt engagés, nous avons essayé d'avoir des réflexions politiques et sociales.

Dans «C'est ainsi», vous dites que l'on est mieux à contre-courant.Vraiment?
Oui, on est mieux à essayer de ne pas suivre la pensée dominante, les moutons de Panurge. Même avant de faire de la musique, j'ai toujours préféré être le mouton noir que le mouton qui suit le chien de berger. Je préfère être l'électron libre, c'est plus intéressant.

Votre avis sur les émissions de télévision qui fabriquent des artistes?
Pour le peu que j'en connaisse, je pense qu'elles font du mal à notre métier. La façon dont on le montre est vraiment crue. C'est un peu comme si l'on résumait l'amour à un film porno. On voit tout, c'est mal éclairé, il n'y a pas réellement de dimension artistique et ça démythifie le tout, il n'y a plus de magie. Ce type d'émissions a des effets pervers. Des vies ont été ruinées. Il y a des gens qui y ont vraiment cru, parce qu'on fait tout pour les persuader que c'est possible. Six mois après, les mecs se trouvent à la rue. Je suis assez pressé que l'on passe à autre chose. Les débuts de la téléréalité coïncident avec la grosse crise du disque, je ne suis pas sûr que les deux éléments soient si indépendants que ça l'un de l'autre.

Entre l'homme ordinaire, le rebelle ou le cow-boy solitaire de vos chansons, lequel êtes-vous?
Le cow-boy solitaire, qui est un peu un mélange des deux autres. Le concept de rébellion est relatif. Par rapport à qui, à quoi est-on rebelle? Cow-boy solitaire me va bien parce qu'il y a un côté «on fait sa route» et c'est ce que j'essaie de faire depuis un petit moment, avec le plus de liberté possible, même si je pense que la liberté absolue n'existe pas.

Quel regard portez-vous sur la France?
C'est un pays que j'aime, même si je me verrais bien changer d'air en ce moment. La seule évolution qu'on nous propose en France en ce moment est une évolution vers l'ultra capitalisme. Je pense que si on avait un modèle d'évolution un peu plus progressiste, où l'humain est au centre, ce serait plus facile de faire bouger ce pays. La France me fait un peu penser à une vieille dame, avec ce qu'elle a de sagesse, de ¬visionnaire mais aussi de plan plan, de craintif. Les vieux pays sont les pays qui ont peur.

Portrait

Trattoria musicale

     
David Salsedo,
né en 1973, a grandi en banlieue parisienne. Il a des origines siciliennes du côté paternel. Depuis le lycée, il est le chanteur des Silmarils (le tube «Va y avoir du sport») et a travaillé pour d'autres artistes, comme Dolly, Johnny Hallyday ou Superbus.

Après «quinze ans de vie commune avec Silmarils», il fait une pause et sort un premier album solo. «Je veux pouvoir me retourner dans une dizaine d'années en me disant tout ce que j'avais envie de faire je l'ai fait. Je crois que c'est vraiment le plus important quand on est artiste.»

CD_SALSEDO.jpgIl adore cuisiner, d'où le nom de son album, «Wine & Pasta»: «Je me serais bien imaginé en chef d'une petite trattoria familiale à cuisiner de manière simple, mais fraîche et sympathique. C'est ce que j'ai essayé de faire avec mes chansons, je n'ai pas voulu intellectualiser plus que ça.»

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