
Les histoires d'amour finissent mal en général
Pas peu fier, votre fiston vous annonce (sans ménagement, pauvre mère !) qu'il a embrassé son amoureuse sur la bouche.
A sept ans.
Vous êtes sans voix. Vous n'avez même pas le temps de vous remettre de vos émotions que votre fille (5 ans et demi) en rajoute une couche en vous signalant qu'elle aussi, il y a longtemps (quoi à 4 ans ??? Heureusement pour vos palpitations cardiaques, longtemps à l'échelle d'un enfant, cela peut aussi être avant-hier) , elle a déjà embrassé sur la bouche Thomas*, Cédric* et Raphaël*.
Vous en restez coite (enfin pas pour longtemps, il n'est pas encore né, celui qui parviendra à fermer votre caquet). Comme vous devinez qu'il n'y a que très peu de chance qu'un commentaire pertinent ne se morfonde au fond de votre hypothalamus, vous en envoyez un au hasard :
« Et c'est lequel que tu préfères ? »
C'est Gaétan**.
Vous savez que vous êtes vieille, vous savez que vos neurones ne sont plus ce qu'ils étaient, vous savez que vous êtes très fatiguée, mais vous savez également que dans « Thomas-Cédric-Raphaël » , il n'y a pas de Gaétan.
Intriguée, vous vous aventurez à demander : « mais pourquoi alors ce n'est pas Gaétan que tu as embrassé? »
Et elle de vous répondre, ingénue : « parce qu'il ne veut pas ».
Quel malotru ! Il n'a aucun goût ce jeune homme. Ce fait va d'ailleurs vous être confirmé quand votre petite chérie vous précise, les yeux remplis d'étincelles : « à la cantine, il fait plein de rôts et quand on se mariera on se fera des bisous sur la bouche en rotant ».
On avait pris bien soin de vous cacher à la maternité que votre petite Princesse, c'était Fiona sous couverture. Et dire que même dans la vraie vie, elle parvient à retrouver son Shrek !!!
* prénoms fictifs, les vrais noms sont seulement connus par la rédaction afin de protéger tous ces Don Juan, d'éventuelles remontrances de leur maman
** prénom fictif, le vrai nom étant gardé précieusement par la rédaction afin que le filou-qui-ne-veut-pas-de-votre-fillette-pourtant-à-croquer ne s'en vante pas à la récré

Gloups
Vous prévenez votre fils que vous allez lui couper les ongles.
Il se tourne vers sa sœur et résigné lui dit « maman veut toujours me couper quelque chose »
Voilà, ça y est, c'est dit, vous êtes une mère castratrice !
PS : avant que quelqu'un se précipite sur un téléphone pour appeler le service de protection de la jeunesse et/ou la presse à scandale, vous tenez à préciser que la veille, vous lui aviez coupé les cheveux, et que vous pensez bien qu'il y a un lien direct avec le commentaire que votre petit garçon a émis impassiblement à son alter égo.
Noblesse oblige
Vous mangez avec votre fille. Comme de bien entendu, la conversation que vous avez avec votre petiote est effarante, pardon, fascinante.
Dès l'entrée, Petite Bébée établit les règles de base du savoir-vivre qui vont régir votre repas en tête à tête.
Petite Bébée: « Je suis la reine et tu es la princesse ». Tiens donc ! C'est-y pas le monde à l'envers, vous qui croyiez (naïve comme vous êtes) qu'il était d'usage que ce soient les mamans, les reines et les filles, les princesses. Vous passez néanmoins magnanimement sur ce détail, toute à votre joie d'avoir été transformée en fille d'altesse royale plutôt qu'en grenouille ou en sorcière Grabouilla.
Et comme vous êtes finalement restée une grande enfant, vous entrez volontiers dans le jeu en demandant à votre noble progéniture : « Est-ce que votre Majesté me ferait-elle le grand honneur de goûter un morceau de mon humble poisson ?». Petite Bébée, en véritable despote vous rétorque : «maman, il faudrait plus de « Votre Majesté » ».
Humpfff.
Généreusement, vous ne vous vengez pas en vous esclaffant lorsque votre adorable Majesté de fille, oubliant le temps (béni) d'un instant sa royale aura, vous demande : « je peux sortir de table ? ».
PS : serait-ce raisonnable d'enseigner à votre noble enfant qu'au dessus des reines, il y a encore des impératrices ?
Devine qui vient dîner ce soir?
Petite Bébée (jamais à court d'idées intéressantes) vous annonce : « je vais me marier avec ma robe princesse violette »
Vous (soucieuse de connaître le nom de votre futur gendre) : « qui comptes-tu donc épouser ? »
Votre petite chérie vous répond sans hésiter : « avec Stéphane* »
Vous êtes assez étonnée d'apprendre le nom de l'heureux élu car c'est la première fois que vous l'entendez prononcer dans ce contexte : « ah, il est gentil ? » (NDMP - note de maman poule - il a intérêt !)
Petite Bébée (candide) : « oui, mais il me fait tout le temps des renvois dans les oreilles » et rajoute (manifestement très fière de son amoureux) : « il m'a appris comment on tord les doigts. »
Au secours, votre délicat petit lotus d'amour va se marier avec Shrek (et par conséquent, vous allez devenir la belle-mère d'un ogre vert, youpi) !
* prénom fictif : au vu du caractère bien trempé de sa mère, vous préférez éviter de prendre le risque qu'elle vous provoque en duel à la récré.
Magie, magie, quand les idées ont du génie
Houdini, Garcimore, Mandrake et consort peuvent dormir tranquilles, leur succession est assurée.
En effet, vous avez découvert dernièrement que vous avez une vraie magicienne chez vous. Une vraie de vraie qui parvient, à coups de « balagadou, la menchikabou, la bidibi bobidi bou » à vous changer une maison en bois en maison en briques (c'est elle qui le dit, cela doit donc être vrai).
Grâce à ce talent hors normes, vous avez de savoureux dialogues le matin quand vous amenez votre mini Davidette Copperfieldette au jardin d'enfants :
Petite Bébée (montrant modestement les alentours d'un doigt nonchalant) : « tu vois, tout ça c'est moi qui l'ai fait avec ma magie » (à savoir les arbres, la route, les champs, les panneaux routiers ..., en fait ce n'est pas une magicienne que vous avez la grande chance d'héberger sous votre toit, c'est carrément Dieu ?)
Vous (un peu à court d'arguments. Ça vous arrive) : « ah, bon ? »
Et plus fort encore, elle a également fait : un centre commercial (mais quand vous lui demandez d'en faire un autre plus près de chez vous, elle refuse, ce n'est vraiment pas gentil) et un rangement complet de sa chambre (car sceptique comme vous êtes, vous l'aviez priée de tester sa magie sur le désordre ambiant. Votre petit cœur d'amour vous avait alors demandé de ne pas regarder, et bidibi bobidi bou, à peine un gros quart d'heure plus tard, la magie avait fait le ménage dans la chambre des petits. Oui, c'est totalement renversant). Elle a aussi réussi la transformation d'une maison en bois en une maison ... en bois (car effectivement vous lui avez fait remarqué que la maison qu'elle venait de changer en bois, était déjà en bois auparavant. Votre petite puce a haussé les épaules, faisant passer par ce mode très élégant le message qu'on ne fraie pas avec de la populace qui ne comprend rien à la magie).
Ce qui vous rend triste, c'est de constater que votre tendre héritière n'envisage aucunement d'utiliser sa magie sur votre propre maison alors qu'elle en aurait bien besoin (histoire d'avoir une façade repeinte, des gouttières rutilantes ainsi qu'une véranda exotique, et pourquoi lésiner : votre piscine de rêve).









