
Maman portemanteau
Parmi les métiers de mère, il y en a que vous affectionnez particulièrement, celui de portemanteau. En effet, où que vous soyez, vous pouvez vous entendre dire :
« maman, tu me tiens ça ? » Vous faites même aussi consigne* à l'occasion.
le ça étant à l'envi :
- un manteau , des gants, un bonnet
- un chewing gum prémâché
- un doudou, voire toute une série de peluches amenées juste pour que vous les portiez à un moment donné de la journée
- une poussette de poupée, avé la poupée et la collection entière de PetShop
Vous êtes au regret de reconnaitre que curieusement, dans les trous noirs de vos poches disparaissent les sifflets, les sucettes déjà suçotées, les cailloux en tout genre (si si, même les jolis, qu'on dirait un cœur maman), ainsi que des perles isolées ramassées par terre et plein d'autres merveilles encore, Ces pauvres petites choses ne retrouveront jamais le chemin de la maison (celui de la poubelle la plus proche si, ou celui de votre bouche pour les caramels ou le chocolat - quand il s'agit de la bonne santé de la bonne dentition de sa progéniture, l'abnégation des mères est sans limites).
* Tiens, mais vous pourriez vous associer plus tard à votre petite chérie, puisque celle-ci aimerait tenir un bureau de jouets-perdus !
Pâte à sel
Hier, vous avez décidé -bienheureux les pauvres d'esprit - de vous lancer dans l'élaboration de figurines en pâte à sel. Ce n'est pas vraiment que l'envie de vous engluer les mains, vous démangeait, mais que ne ferait-on pas pour voir des étincelles s'allumer dans les yeux de sa fille (le bricolage étant à Petit Garçon, ce que l'aquarelle au fusain est à vous, c'est-à-dire de la pure science-fiction, vous avez profité de l'absence de votre aîné pour sortir le matériel pâte à sel, à savoir deux verres de farine, un verre de sel et un verre d'eau et INDISPENSABLE, une toile cirée ... grande, très grande, la toile cirée).
Il faut que vous avouiez vous n'êtes pas très douée en bricolages en tout genre, au point qu'en général, on ne voit pas vraiment de différences entre vos œuvres et celles de votre progéniture, bien que plus d'une trentaine d'années d'expérience et de savoir-faire vous séparent.
En pâte à sel, c'est différent. On observe de très nettes dissemblances entre les réalisations de votre fille et les vôtres : les vôtres sont ostensiblement plus moches !
Et le pire du pire, c'est qu'il va falloir décorer la maison avec ces horreurs et laisser votre entourage dire (il en va de votre honneur) : « c'est quand même pas mal comme résultat pour une fille de cinq ans ».
Maman cuisinière
C'est connu, tout le talent d'une maman cuisinière réside dans sa faculté à cacher des légumes dans ses plats.
Vous n'hésitez donc pas à rendre méconnaissables les abhorrés oignons en les hachant tellement menus qu'ils se transforment en purée, ou à couper en julienne les autres légumes pour les enfouir lâchement sous de la polenta (une excellente recette inspirée d'Agapes). Oui, c'est indigne, mais tant que cela marche, vous assumez pleinement votre bassesse.
Parfois, quand vous ne savez plus quoi faire à manger (c'est-à-dire tous les jours), vous rêvez qu'un grand cuisinier vous rende une visite* et vous dise « asseyez-vous ma petite dame, tenez voilà un magazine, ne faites rien, je m'occupe de tout » et dans la lancée, vous concocte des menus pour la semaine (voire le mois ... l'année ? ... les deux prochaines décennies, vos enfants seront bien à la maison tout ce temps non ?)
Vous émergeriez nonchalamment de votre revue pour préciser à cet ange tombé du ciel :
« ah oui, un détail. Mon mari ne mange pas de poisson
- pas de problème chère madame, je ne ferais donc pas de poisson, vous répondrait suavement votre sauveur
(vous, candide) : - mais les enfants aiment le poisson eux, et c'est excellent pour leur santé, non ?
(lui, un peu moins suavement) : - je vais voir ce que je peux faire
(vous, un rien perfide) : - et aussi, mon fils refuse de manger des œufs et des tomates
(lui, un chouia plus nerveux) : - ma petite dame, je vous l'ai dit, je vais voir ce que je peux faire
(vous, histoire de le consoler) : - mais par contre, ma fille adore les œufs et les tomates
(uniquement parce que son frère les déteste, mais votre grandeur d'âme vous prévient d'embrouiller encore davantage la bonne volonté de votre cuisinier et vous omettez donc ce détail)
(lui, illuminé) : - ah je sais, je vais faire une soupe, comme cela tout le monde sera content
vous, désolée à la fois pour lui et pour vous - car vous pressentez que votre ange est mentalement en train de secouer les ailes afin de prendre son envol au plus tôt, loin, très loin de cette maison d'iconoclastes - mais néanmoins par pure honnêteté intellectuelle, vous vous sentez obligée de dire : ma fille déteste la soupe (clairement parce que son frère l'adore, mais même que vous voudriez le dire, vous ne pourriez pas, votre Chef n'ayant pas attendu la fin de votre phrase pour prendre la poudre d'escampette).
Et voila, adieu veaux, vaches, cochons, rêves de menus élaborés pour vous ...
* tiens de voisinage par exemple. Vous n'habitez pas trop trop loin d'un 19/20 chez Gault et Millau
Maman infirmière
Une fois le diagnostic établi, vous laissez de côté votre blouse de médecin pour endosser celle d'infirmière. Car en effet, ce n'est pas le médecin qui va se mettre au chevet de son patient pour lui donner une cuillère à café de sels de réhydratation toutes les minutes, sous des doux hurlements de bébé affamé, mais bien une charmante infirmière.
Charmante, hum peut-être pas nécessairement: les gastroentérites adorant se déclarer pendant la nuit, il est donc généralement 3h.26 du matin quand vous devez reprendre du service (flûte, juste au moment où Georges Clooney s'apprêtait à vous inviter dans sa villa italienne ou que vous alliez vous installer dans une chaise longue sur une plage tahitienne : c'est dire comme le réveil est rude).
Maman infirmière est également au rendez-vous en cas de blessures. Il y a le bisou-bisou sur la plaie béante (lire la mini égratignure) que votre enfant réclame jusqu'à ce qu'il grandisse suffisamment pour comprendre que c'est une belle arnaque. Alors là vous passez au plan B, soit la présentation de pansements décorés de colibris et de pingouins. Mais "Merdum Catastrophum", c'est à ce moment précis que vous vous rendez compte que vous avez oublié de racheter des sparadraps pour enfants. Qu'à cela ne tienne, vous dites à votre petit blessé «Comme tu deviens grand mon chéri, je vais donc te mettre des beaux pansements de grands! ». Pas besoin de dire que votre subterfuge ne marche absolument pas. Vous vous promettez alors, de demander à maman secrétaire de réserver ses trois neurones encore effectifs, pour mettre cet achat en tête des priorités.
Maman docteur
C'est, sans conteste, l'un des premiers métiers que l'on apprend en donnant la vie. Comme on craint qu'on nous la reprenne, on scrute en permanence notre bébé parce qu'il fait un rôt, ou parce qu'il n'en fait pas et on ponctue la majorité de nos phrases au géniteur du chérubin « tu ne trouves pas qu'il est un peu pâle/trop rouge? ».
C'est néanmoins grâce à cette hypocondrie que vous êtes devenue une pro du faux croup (au premier râle d'otarie-qui-aurait-abusé-de-la-cigarette, vous vous précipitez dans la chambre des petits, ouvrez les fenêtres et allez chercher l'humidificateur) ainsi qu'une spécialiste ES gastroentérite. Du fait de votre -hélas- très grande expérience dans le domaine, vous êtes au regret de reconnaitre que les vomis et les diarrhées n'ont plus aucun secret pour vous. De même, vous repérez très bien le syndrome du lundi, mieux connu sous son appellation scientifique zeuveupazalleralécole et cela bien que vous ne puissiez encore employer le protocole pour adolescents, à savoir, poser les questions suivantes : « tu as un examen de math ? Il y a piscine peut-être ? Ou encore, ce n'est pas aujourd'hui que passe à la TV ce film que tu voulais absolument voir ? »
Ceci n'empêche malheureusement pas, qu'à l'instar de tout bon médecin (hum), vous fassiez une erreur médicale. En effet, vous vous souvenez notamment d'une qui fut fatale au siège de votre véhicule : vous reveniez d'une visite chez le pédiatre au cours de laquelle il vous informa que Petite Bébée avait la fâcheuse gastroentérite précitée, quand vous entendez Petit Garçon dire « j'ai mal au ventre ». S'ensuivit un regard de connivence entre les parents de cette progéniture : « ah ah ! on ne nous y prendra pas. Il veut faire comme sa sœur et attirer l'attention sur lui ». Et si effectivement il voulait faire comme sa sœur, c'était pour faire blurp comme elle et vomir tout son quatre heures.
Vous avez donc, depuis, développé un don lunaire, celui du diagnostic par anticipation. Un exemple, cette nuit, votre fille vient dans votre lit vous annoncer « j'ai envie de vomir ». Tout en déplorant le fait qu'elle n'ait pas pensé à avoir ce dialogue directement avec la cuvette des toilettes, vous l'amenez vers le lieu-dit et la regardez rendre le (pourtant si bon) repas de la veille. La méthode de diagnostic par anticipation consistant à deviner que son frère sera le prochain sur la liste, vous mettez immédiatement en route le plan d'urgence et toute la famille se retrouve au régime biscottes-riz-carottes. De la sorte, si vous couplez la diète à une prière à Sainte Rita (la patronne des causes désespérées) vous pourrez espérer d'éviter la visite nocturne de son frère ce soir.









